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[L’EDITAUX] – Une histoire de « périodes considérables »

En août 2003, le FOMC a pris la décision, bien inhabituelle pour l’époque, de donner des indices sur sa politique à venir en annonçant que les conditions monétaires très accommodantes qui prévalaient alors allaient le rester pendant une « période considérable ».

Même si le FOMC n’a pas précisé la durée d’une période considérable, il a réussi à dissiper les anticipations de hausse rapide des taux et à aplatir la courbe des taux : la parole a suffi pour causer les effets d’une baisse des taux.





Cet terminologie a entretenu de nombreux débats sémantiques autour l’adjectif « considérable »…

Avec le recul, combien de temps a duré cette période considérable ? Les taux directeurs américains étaient alors à 1,00% (et revenaient de 6,5% en 2000). Ils sont restés à 1% jusqu’à juin 2004, date de la première hausse.

Taux directeurs de la Réserve Fédérale Américaine – Source : https://fred.stlouisfed.org/series/FEDFUNDS

 

La période considérable a donc duré un an.

Mais les conditions sont en réalité restées accommodantes bien au-delà, car le caractère accommodant d’une politique monétaire se juge en fonction du contexte économique.

Ces conditions de crédit relâchées ont encouragé les prêts Interest Only, qui ont rendu les emprunteurs vulnérables à une hausse des taux, puis alimenté la crise des Subprime Mortgages lors du resserrement monétaire de 2004 à 2007.

La même rhétorique (« Considerable time ») a été employée par Ben Bernanke en 2012, et nous n’en sommes probablement pas encore sortis, tant les conditions préalables à une remontée franche des taux semblent lointaines !

 

En Zone Euro : à la recherche de l’inflation


Les taux longs de la zone euro sont fortement corrélés aux marchés américains. Ils évoluent de pair, en général avec un décalage d’un an.

Seule l’inflation pourra causer une réelle hausse des taux, en décourageant les acheteurs de dette de bloquer des taux fixes sur de trop longues maturités. Sans inflation, le marché ne craindra pas de hausses des taux et continuera à acheter des obligations longues avec une sensibilité faible au taux absolu.

L’inflation existe cependant. Elle se concentre sur les actifs financiers. Actions, obligations, marchés de crédit, immobilier, crypto-monnaies… Grâce à la compression des taux d’actualisation et des primes de risque, ces actifs voient leur prix mécaniquement grimper.

Mais elle n’existe pas sur les salaires. Or, c’est uniquement cette inflation qui causera une revalorisation des taux d’intérêt : une banque centrale n’agit pas pour contrer l’inflation des actifs financiers.

En France, la croissance potentielle a perdu un point, passant de 2% il y a 15 ans à 1% aujourd’hui. Même à plein régime, l’économie semble avoir épuisé ses marges de progression. Les gains de productivité les plus évidents sont derrière nous, et les salaires ne profitent très peu des gains marginaux. La situation est la même dans toutes les économies développées.

Avec une inflation potentielle structurellement plus faible que par le passé, les taux d’intérêt le sont également.

 





Nos économies sont-elles tombées dans un piège déflationniste?


On peut y voir la conséquence inéluctable de la mondialisation des échanges, de la numérisation et de la robotisation, qui tirent vers le bas les prix de tous les produits et services.

Pour trouver de la compétitivité, chaque économie tente d’éviter l’appréciation de sa devise, limitant les possibilités de hausses de taux pendant des périodes parfois… considérables !

Ainsi, la vigueur de l’euro, qui s’est apprécié 14% depuis le début de l’année contre le dollar, a entraîné une révision à la baisse des perspectives d’inflation de la BCE, même si elle a reconnu la solidité de la croissance économique européenne.

Cette vigueur de l’euro contraint Mario Draghi à la prudence pour sortir du programme de rachat d’actifs. La réunion du 26 octobre nous apportera de nouveaux éléments sur ce plan. Le consensus table sur un arrêt progressif du programme de rachat à partir de janvier 2018 et une première hausse des taux au premier semestre 2019.

 

Dans ce contexte, comment placer sa trésorerie ?


Les taux longs s’affichent en baisse de 5 à 10 bp selon les maturités depuis l’été. Nous tablons toujours sur une stabilité jusqu’à la fin de l’année, éventuellement perturbée par des événements ponctuels causant des mouvements temporaires de faible ampleur sur les taux.

Le swap 5 ans vaut aujourd’hui autour de 0,17%, l’OAT 10 ans 0,64%. En théorie, cet aplatissement de la courbe des taux rend les banques moins à même de payer des taux intéressants.

En tant que prêteur, vous pouvez néanmoins bénéficier de conditions favorables.

Certaines banques ont connu une production de crédits immobiliers vigoureuse, fruit d’une politique commerciale agressive et du l’augmentation du pouvoir d’achat immobilier des ménages causé par la baisse des taux.

Ces banques ont aujourd’hui un déséquilibre ponctuel, et ont besoin de vos dépôts pour se refinancer : c’est une bonne opportunité pour placer votre trésorerie à des taux supérieurs aux produits de marché.

Courtier en produits financiers, nous cherchons en permanence de telles opportunités pour nos clients. Contactez-nous régulièrement car, contrairement aux politiques monétaires, les opportunités ne durent pas une période considérable !


Cet article a initialement été publié sur le blog de PANDAT FINANCE. Pour le consulter, cliquez ici

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