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Entreprise – Passer des charges dans votre entreprise : 5 pièges, 3 bonnes idées

Travailleur indépendant, vous souvenez-vous de la première fois où vous avez payé avec la carte bancaire de votre entreprise ?


C’était grisant n’est-ce pas ?

La carte bancaire de l’entreprise ressemble à une baguette magique qui rend tout beaucoup moins cher grâce à la déductibilité des charges.

C’est surtout vrai pour les entrepreneurs qui récupèrent la TVA et sont aux frais réels. Un article à 120 € TTC « coûte » ainsi environ 50 euros après récupération de TVA et économie de cotisations sociales et impôts.

Alors, la carte de l’entreprise est-elle un moyen de se faire plaisir à moindre coût ? Pas si vite !

Dans nos sessions de coaching financier pour entrepreneurs et freelances, nous voyons beaucoup d’indépendants et freelances chercher à passer des charges même si elles n’ont pas une grande utilité pour leur entreprise.

Parmi les « grands classiques » :

  • des formations qui permettent de prendre l’air,
  • des meubles qui finiront dans le séjour,
  • des gadgets high-tech qui prendront la poussière,
  • tous les restos avec les copains,
  • les vacances d’une semaine avec le conjoint à l’autre bout de la France sous prétexte qu’un prospect habite dans le coin…

Dans le pire des cas, ces charges mettent petit à petit l’entreprise en péril sans que l’entrepreneur ne s’en rende compte !

Dans ce billet nous vous expliquons pourquoi faire assumer ses dépenses personnelles par l’entreprise est une bien mauvaise idée.

Mais pour ne pas vous laisser sur votre faim, nous vous indiquons ensuite quelques pistes pour bien utiliser la carte bancaire de votre entreprise… Car il y a aussi moyen de se faire plaisir avec 🙂

Mais commençons par les raisons pour laquelle c’est une mauvaise idée.





 

1. C’est de l’abus de bien social


Dans les cas les plus flagrants (les vacances payées par l’entreprise), c’est de la fraude fiscale et sociale, doublée d’abus de bien social pour ceux qui exercent en société. Outre l’aspect moral, cela vous fait vivre avec une épée de Damoclès pendant des années en attendant la prescription. Pas vraiment l’idée qu’on se fait d’un business sans soucis…

Les règles sont simples : les dépenses qui ne sont pas dans l’intérêt de l’entreprise ne sont pas déductibles.

 

2. Réduire les cotisations sociales, c’est aussi réduire son revenu différé (retraite ou prévoyance)


Les cotisations sociales sont souvent appelées charges sociales. C’est une appellation impropre : elles s’apparentent à une épargne différé, déblocable à la retraite ou en cas de maladie ou d’accident. Ce sont des cotisations personnelles qui ouvrent des droits personnels.

Les régimes des indépendants offrent un bien meilleur rendement que ceux des salariés. Les cotisations à la CIPAV sont en réalité un très bon placement méconnu, au rendement compris entre 6 et 10%.

En cherchant à passer des charges pour réduire vos cotisations sociales, vous vous privez de l’opportunité d’acquérir ces très rentables points.

Et même si vous privilégiez la capitalisation, vous avez besoin de diversifier votre exposition sur les régimes de retraite. Etes-vous certain d’obtenir un meilleur rendement avec votre épargne personnelle ?

 

3. Mélanger les dépenses, c’est mélanger les vies pro et perso


Nous luttons contre le mélange des finances pro et perso. Faire porter des charges personnelles sur l’entreprise, c’est la porte ouverte à un mélange qui vous fera répondre à des clients à 22h un samedi et ne jamais pouvoir débrancher mentalement. Vous l’aurez bien cherché !

 

4. Vous risquez de vous faire avoir


Le calcul qui transforme 120 € affichés en 50 € de coût réel, vous n’êtes pas les premiers à le faire. Tout le monde sait que l’entrepreneur raisonne ainsi.

Ouvrez un des nombreux catalogues de fournitures que vous recevez par la Poste. Avez-vous remarqué que le prix du café et des boissons étaient surévalués ? Le prix de tout ce qui peut être réutilisé à la maison est artificiellement gonflé.

Et que dire aussi des comptes bancaires… 0 € pour les particuliers, mais au moins 15 à 20 € par mois pour une TPE ! Nous pourrions également parler de la double tarification des formations, avec un tarif particulier et un tarif entreprises…

Les fournisseurs savent que l’entrepreneur devient complaisant sur les prix dès que la dépense est déductible de son résultat. Ne rentrez pas dans leur jeu !





 

5. Cela vous empêche de développer l’entreprise


En faisant porter des dépenses personnelles à votre entreprise, vous limitez ses possibilités de développement.

Or, prendre des décisions d’investissement est difficile. Vous ne savez jamais trop si l’euro investi en produira deux ou s’il sera dépensé en pure perte. Même les grands patrons du CAC 40 enchaînent les erreurs dans leurs investissements. Vous en ferez aussi, parfois des très coûteuses et il faudra pourtant vous relever.

Alors ne vous tirez pas une balle dans le pied. Plutôt que d’acheter un canapé, cherchez à améliorer votre processus, déléguer, travailler moins, réduire le risque…

*-*

Malgré tout, nous comprenons qu’utiliser la carte pour autre chose les factures fait du bien. On a l’impression de faire avancer les choses, d’être maître de son destin et de ses choix. C’est pour cela qu’on est devenu indépendant, non ?



Alors, voici quelques bonnes pratiques pour vous faire plaisir tout en développant votre affaire :

 

1. Toutes les dépenses n’ont pas à être ennuyeuses


Invitez un client au resto plutôt que vos copains. C’est tout aussi amusant et vous aurez en bonus l’excitation de négocier vos prochaines prestations à la hausse. Ou débarquez à l’improviste chez votre client avec les croissants et les pains au chocolat (prévenez au moins une personne à l’avance tout de même !). Les salariés n’ont pas tant d’occasions que cela d’être surpris, cela leur fera du bien !

Bref, faites plaisir autour de vous tout en visant le retour sur investissement. Et là, d’un coup, vous n’êtes plus un petit profiteur qui détourne le système mais un vrai chef d’entreprise. Ce qui, vous l’avouerez, est bien meilleur pour votre ego et votre entreprise.

 

2. Trouvez votre juste rémunération


Si vous avez besoin de piocher dans la caisse pour vous y retrouver financièrement, c’est que vous vous y prenez mal.

La trésorerie d’une entreprise est cyclique : des pics, des creux. À l’opposé, vous avez besoin de prévisibilité sur vos finances personnelles.

Comment réconcilier les deux de façon durable ? Il faut avant tout séparer clairement les finances de l’entreprise et celles de l’entrepreneur.

Ensuite, vous aurez besoin de faire la correspondance entre budget pro et perso.

D’une part, vous devez apprendre à bien évaluer vos charges fixes personnelles, elles feront l’objet d’un prélèvement fixe sur l’entreprise. D’autre part, vous pouvez envisager un complément de rémunération variable qui vous autorisera des extras motivants sans mettre en péril les finances de votre entreprise.

C’est la notion de « juste rémunération » que nous développons en coaching.

 

3. Sachez ce que vous pouvez déduire


Beaucoup de jeunes entrepreneurs s’inspirent de Robert Kiyosaki, qui incite à faire porter ses dépenses personnelles par son entreprise. Mais lorsqu’il évoque la « Personal Corporation », terme difficile à traduire, il s’agit plutôt d’une holding patrimoniale et non d’une entité opérationnelle comme votre entreprise. Et cela reste de toutes façons assez litigieux fiscalement.

Plutôt que de chercher des dépenses nouvelles, assurez-vous d’abord que vous déduisez tout ce que vous avez le droit de déduire. Loyer, téléphone, internet, déplacements, mutuelle, cadeaux aux prospects et clients, épargne Madelin, publicité…

Et s’il vous reste de l’EBE à ne plus savoir quoi en faire, félicitez-vous : vous êtes un bon professionnel 🙂


Cet article a initialement été publié sur le blog de PLENIT FINANCES. Pour le consulter, cliquez ici

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